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Política y religión. En torno a unos mártires.

El 28 de octubre de 2007 la Iglesia Católica eleva a los altares a 498 hombres y mujeres españoles que murieron por razón de su fe en los revueltos años treinta en España. He leído un artículo de Henri Tincq en Le Monde que me parece una deformación grave de los hechos y su valoración histórica.
Le he escrito la siguiente nota que remití también al diario:
Cortèges espagnols
J’ai pu lire l’article de M. Henri Tincq paru dans Le Monde du 23 octobre sur la béatification des martyrs de la persécution religieuse en Espagne dans les années trente. J’y ai trouvé des aperçus très intéressants, tandis que d’autres affirmations me semblent pouvoir être complétées ou nuancées. Appeller provocation la célébration de la mémoire des personnes qui ont été tuées à cause de sa foi, sans lutter, tout en pardonnant alors qu’elles attendaient sous les verrous leur exécution, souvent au terme de parodie de procès, me semble quand même laisser de côté le cœur de la question, et constitue, à mes yeux, une grave injustice.
Quelques données historiques importantes éclairent un peu différemment les affirmations de l’article. Ainsi, par exemple, l’Eglise espagnole a fait grand cas des crimes des nationalistes. Le cardinal Pacelli, futur Pie XII, tenta d’obtenir de Franco des conditions de reddition honorables pour les prêtres engagés du côté des nationalistes basques, ce que le général refusa. On sait ce qui leur arriva. Le Cardinal Gomá protesta fermement devant Franco contre cette exécution de quatorze prêtres nationalistes basques. Quoi qu’il soit bien différent de parler de ces prêtres, intégrés dans des unités militaires, que des prêtres, séminaristes, religieux ou religieuses qui n’ont jamais songé à participer à une quelconque formation armée et ont été tués, en effet, par haine de la foi, comme le souligne avec justice M. Tincq.
L’absence d’un plan gouvernemental pour tuer ces personnes n’apporte rien, à mon avis, sur le caractère – ou non – de martyrs de ces victimes. Cela éclaire simplement les ciconstances partisanes, locales ou régionales de ces raids qui aboutissaient aux massacres évoqués. Cependant, des listes nominales existaient – les historiens de cette période les évoquent dans leurs travaux – et cela prouve une certaine préméditation. Certains groupes et partis, qui avaient le pouvoir de contrôler la rue, encourageaient leurs militants à faire rage contre les croyants en tant que croyants. L’affaissement du pouvoir étatique et le désordre du camp républicains dessinent une conjoncture qui ne suffit pas cependant à expliquer la haine manifestée contre les croyants.
La chronologie est, elle, très importante : les martyrs de 1934, avant la guerre civile, ne sont pas une anecdote. Ils montrent comment l’Église et les catholiques ont souffert des attaques en silence avant l’éclatement de la guerre. Il ne faut donc pas oublier ces épreuves qui ont précédé la guerre civile au risque de déformer l’histoire. Quand la guerre éclate, le déferlement de la persécution religieuse a contraint les évêques au ralliement à Franco. La figure du cardinal Gomá en est sans doute l’une des meilleurs illustrations. Auteur de la lettre collective des évêques espagnols de 1937 aux catholiques du monde entier, le cardinal Gomá utilise le mot de croisade. L’Église espagnole a depuis reconsidéré ce texte en soulignant les circonstances exceptionnelles et le climat anti-catholique dans lequel il a été écrit. En 1986, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la Guerre, la conférence épiscopale publia un document – Constructeurs de la Paix– qui rappelle que « des causes religieuses furent présentes dans l’affrontement entre Espagnols » et que « si l’Église ne prétend pas être libre de toute erreur, ceux qui lui reprochent de s’être alignée sur Franco doivent prendre en compte la dureté de la persécution religieuse depuis 1931 ». En 1999, un autre document épiscopal insiste sur la nécessaire réconciliation : « le sang de tant de nos concitoyens versé comme conséquence des haines et vengeances, toujours injustifiables, et dans le cas de beaucoup de nos frères et sœurs comme offrande martyrisée de la foi, continue de crier vers le Ciel pour demander paix et réconciliation ».
La distinction entre politique et religion peut paraître subtile (trop, affirme l’auteur de l’article), mais elle me semble très nécessaire: des milliers de personnes on donné leur vie pour leur religion. D’autres milliers de personnes ont lutté pour imposer leur politique par les armes et en tuant. Voilà la subtile différence. Voilà pourquoi je pense que la célébration de ces martyrs ouvre un chemin de paix et réconciliation, et je crois qu’ils sont un cortège lumineux pour les Espagnols et aussi, pourquoi pas, pour le pape. Pour ces martyrs ni l’Eglise ni personne ne doit demander pardon. Au contraire, ce serait à nous de leur demander de nous pardonner pour ne pas comprendre comme il faut le sens de leur énorme sacrifice.

Pablo Pérez López est professeur d’Histoire Contemporaine à l’Université publique de Valladolid (Espagne). Spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la Castille, il a récemment publié Católicos entre dos guerras. La historia religiosa de España en los años 20 y 30, Madrid, Biblioteca Nueva, 2006.

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